<< Je vis dans une autre dimension. Je ne suis plus moi-même. J'ai l'impression d'avoir été projetée dans un film ou dans un livre, et de vivre la vie de quelqu'un d'autre. La vie de centaines de personnes à qui je ne ressemble pas et à qui je ne veux pas ressembler. Je suis droguée, camée, défoncée. H24, du matin au soir. Et je me sens sale, dégueulasse, impropre. Dépravée, déquerre, trépanée. Rabbat et tchad, mais toujours opée. Je pense à des choses auxquelles je n'aurais jamais pensé en temps normal. Le temps passe vite, mais on s'étonne tous de voir que l'aiguille de notre montre n'a pas tourné. On dort bien la nuit, on a un bon appétit. On est joyeux, on est heureux, on vit. On pleure, on rit, on s'extasie. Tous nos sens sont en éveil. On a des hallucinations, et une imagination tellement débordante qu'on en devient paranoïaque. On entend tous les bruits, les sons sont amplifiés. On entend que ce qu'on a envie d'entendre. Mais notre cerveau n'est quand même pas complètement atrophié. Notre concience reste éveillée. On se rend compte dans quel état on est, à quel point on est minable, faible et influençable. On se rend compte qu'on s'auto-détruit. Volontairement, mais inconsciemment. Et on est terrifié, appeuré. On a qu'une envie, c'est que tout s'arrête, que tout redevienne normal, qu'on reprenne enfin nos esprits. Et tout à coup une grosse vague de honte nous envahit, lentement, doucement, mais sûrement. On se dit que c'est bien fait pour notre geule, que c'est de notre faute et qu'on l'a bien mérité. On se voit, l'oeil vide et le regard vitreux et on se crache à la gueule dans la glace, en se disant qu'on est qu'une merde, qu'on ne vaut rien. Et c'est là qu'on décide de tout arrêter, de redevenir une jeune fille sage et innocente. Vierge de tout vice. >>
Anonyme.
Si la drogue a rendu euphorique et joyeux, elle n'a jamais rendu quelqu'un heureux.